Délais de paiement – Qui sont les gagnants de la réforme
Qui sont les gagnants de la réforme ?
Points clés
- Des retombées très contrastées selon la taille de l’entreprise… et le rapport de force dans la relation commerciale.
- La PME réalisant entre 100 et 175 millions de DH est la principale bénéficiaire : ses délais « clients » reculent de 36 jours.
- La TPE profite très peu de la réforme : ses délais passent de 200 à 199 jours.
Entrée en vigueur en juillet 2023, la loi n°69-21 sur les délais de paiement commence à produire des effets mesurables. La première étude réalisée par Inforisk met toutefois en évidence une réalité centrale : la réforme ne bénéficie pas de la même manière à toutes les entreprises. Les gains sont nettement plus visibles pour certaines PME, tandis que les très petites structures, pourtant les plus exposées, peinent à en capter les « dividendes ».
La PME entre 100 et 175 millions de DH : grande gagnante
Selon Inforisk, le sous-segment des PME générant un chiffre d’affaires compris entre 100 et 175 millions de dirhams ressort comme le principal gagnant. Leurs délais « clients » ont reculé de 36 jours, soit plus d’un mois de trésorerie regagné.
Ce résultat s’explique aussi par la diversité des situations sectorielles : certaines activités fonctionnent structurellement avec des délais plus courts (ex. hôtellerie), alors que d’autres affichent des délais plus longs (BTP, services…). En cause :
- le business model (paiement à l’achat, paiement d’avance, délais de fabrication) ;
- le niveau de concurrence : plus la concurrence est forte, plus l’entreprise est incitée à accorder des délais longs pour conserver ses clients.
Des retombées variables selon la taille de l’entreprise
TPE : un gain quasi symbolique
Pour la TPE, le changement est minime : les délais « clients » passent à 199 jours en 2023, soit -1 jour seulement.
- Délais clients (TPE) : 199 jours / -1 jour
Évolution : 213 → 200 → 199 (2016–2021–2022–2023) - Délais fournisseurs (TPE) : 83 → 108 → 103 → 107
Autrement dit, la réforme ne semble pas avoir significativement amélioré la capacité des TPE à être payées plus vite — alors même qu’elles constituent la catégorie la plus vulnérable en matière de trésorerie.
PME : amélioration plus tangible
Les PME affichent une amélioration plus nette, avec des délais clients ramenés à 94 jours en 2023 (soit -9 jours).
- Délais clients (PME) : 94 jours / -9 jours
Évolution (clients/fournisseurs) : 98/97 → 107/97 → 103/91 → 94/88 (2016–2021–2022–2023)
Inforisk note que les PME ont également réglé plus vite leurs fournisseurs (environ 3 jours de mieux), tout en étant payées plus tôt par leurs clients.
Grande entreprise : capacité à imposer ses conditions
Chez les grandes entreprises, la dynamique reflète aussi un rapport de force plus favorable. Elles parviennent à améliorer leurs propres conditions de paiement, en jouant sur l’équilibre entre ce qu’elles paient à leurs fournisseurs et ce que leurs clients leur doivent.
- Délais clients (GE) : 71 jours en 2023
Évolution (clients/fournisseurs) : 92/93 → 87/81 → 81/79 → 75/71 (2016–2021–2022–2023)
Les tendances indiquent que les factures émises par les grandes structures sont réglées plus tôt, renforçant leur position de trésorerie.
Le cas des entreprises « intermédiaires »
Autre enseignement de l’étude : les entreprises de taille moyenne réalisant entre 50 et 100 millions de DH de chiffre d’affaires font également partie des gagnants, avec un recul de 12 jours des délais « clients » entre 2022 et 2023.
À l’inverse, les très petites structures (CA inférieur à 50 millions de DH) restent en retrait : leurs délais « clients » n’auraient baissé que de 6 jours sur la période, confirmant que les bénéfices de la loi restent concentrés sur les acteurs disposant déjà d’un pouvoir de négociation supérieur.

Hassan EL ARIF
Source : L’Economiste – Lundi 7 Avril 2025
