Défaillances d’entreprises au Maroc : Pourquoi le risque se concentre sur les 300 000 « sociétés zombies » ?
Malgré une baisse des défaillances en 2025 et des perspectives économiques encourageantes pour 2026, la vigilance reste de mise. Le véritable danger pour l’écosystème entrepreneurial réside désormais dans les “sociétés fantômes”, qui représentent une entreprise active sur trois.
Un bilan 2025 porté par une embellie macroéconomique
L’année 2025 a marqué un tournant avec une diminution des défaillances d’entreprises après plusieurs années de hausse. Selon Amine Diouri, directeur chez Inforisk, ce recul s’explique par un alignement exceptionnel d’indicateurs favorables pour l’économie marocaine:
- Croissance du PIB : Elle a atteint 5% en 2025.
- Tourisme record : Le secteur a été porté par l’arrivée de 20 millions de touristes.
- Inflation maîtrisée : Un taux faible de 0,8% a soutenu la consommation des ménages.
- Investissements publics : La préparation de la CAN 2025 et de la Coupe du monde 2030 a dynamisé le secteur du BTP.
- Délais de paiement : Une amélioration a été constatée grâce à la mise en conformité des grands donneurs d’ordres privés avec le nouveau cadre réglementaire.
Perspectives 2026 : Entre optimisme et zones de vigilance
Pour l’année en cours, les signaux restent au vert avec un PIB attendu à 6%, soutenu par une agriculture bénéficiant d’une bonne pluviométrie. Inforisk table ainsi sur une stabilité des défaillances pour 2026.
Toutefois, des risques géopolitiques pourraient assombrir ce tableau. Amine Diouri prévient qu’un conflit majeur au Moyen-Orient impactant les capacités pétrolières de l’Iran pourrait faire flamber les prix du baril (actuellement autour de 60 dollars), générant ainsi une inflation importée pénalisante pour les entreprises et les consommateurs.
La fragilité persistante des TPE
Si l’économie globale respire, les Très Petites Entreprises (TPE) demeurent les plus exposées aux faillites. Leur vulnérabilité structurelle s’explique par plusieurs facteurs:
- Une faible capitalisation.
- Un accès difficile au financement bancaire.
- Un rapport de force défavorable induisant des délais de paiement élevés.
- La difficulté à franchir le cap critique des 5 ans, surnommé la « vallée de la mort ».
À noter : Les secteurs du Commerce, du BTP et de l’Immobilier concentrent à eux seuls 60% des entreprises marocaines, ce qui explique mécaniquement leur forte représentation dans les volumes de défaillances.
Le fléau des “Sociétés Zombies”
Le point de vigilance majeur soulevé par Inforisk concerne les sociétés fantômes ou zombies. La Direction Générale des Impôts (DGI) en dénombre plus de 300 000.
L’ampleur : Ce phénomène concerne une entreprise active sur trois au Maroc.
Qu’est-ce qu’une société zombie ? Il s’agit d’une “coquille vide” théoriquement active (payant un minimum d’impôts) mais ne déposant aucun bilan et ne générant aucun chiffre d’affaires.
Le danger : Ces entités représentent un risque élevé d’impayés pour leurs partenaires commerciaux.
Date de publication : Jeudi 5 Février 2026
Source : ECONOMIE
Propos recueillis par C. Jaidani

